Women in Tech : portrait de Léa GAGET, cofondatrice de Sportiw
La start-up chambérienne qui connecte les acteurs du monde sportif à l'échelle internationale !
Léa Gaget, cofondatrice de SPORTIW, a créé la première plateforme digitale qui connecte les acteurs du monde sportif. De la communication digitale pour un club de handball à une start-up qui compte plus d’un million d’utilisateurs dans 200 pays, rencontre avec cette entrepreneure qui allie passion du sport et innovation tech.
1. Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer comment est née l’idée de cofonder SPORTIW ?
Je suis Léa Gaget. J’ai un parcours scolaire plutôt en création digitale et multimédia, et j’ai eu la chance de travailler sur la partie communication digitale au club de handball de Chambéry, notamment au début des réseaux sociaux. C’est là qu’est venue cette envie d’allier dans mon parcours professionnel ces deux thématiques du sport et du digital, car c’est un domaine qui a été très impacté par le numérique, que ce soit en termes de diffusion ou de relation entre les supporters, les clubs et les joueurs.
Par la suite, j’ai travaillé 3 ans en agence web sur la partie marketing digital 360 : création de site, intégration, référencement, gestion de budgets publicitaires, animation des réseaux sociaux pour nos clients.
Et puis un jour, j’ai rencontré mon associé, Zeljko Kiauta, qui à l’époque était agent de joueur. C’était un métier que je ne connaissais pas du tout, donc j’avais plein de questions. Avec mon angle digital, je lui demandais : « Vous devez avoir plein de nouveaux outils, de nouvelles façons de faire ? » car je voyais tout ce qui était chamboulé dans le sport. Je pensais que sur le sujet numéro 1 – mettre les meilleurs joueurs sur le terrain – il devait y avoir plein d’innovations.
C’est là qu’il m’a dit : « Non, regarde, j’ai un carnet de notes où j’écris les infos que les clubs me donnent. » Il y avait déjà des iPhones donc le carnet d’adresses était un peu plus innovant, mais globalement ça restait du coup de fil à son réseau, des mails, etc. Je lui ai dit : « Ce n’est pas possible ! »
Il était déjà dans cette phase de réflexion, se disant qu’il y avait besoin de structurer tous ces parcours. En tant qu’agent sportif, il traitait le haut niveau, mais il voyait qu’il y avait toute une pyramide en dessous où les agents n’interviennent pas parce que ça ne correspond pas au business model. Pourtant, il y a énormément de besoins à ce niveau-là aussi.
C’est comme ça qu’on a décidé d’associer son expertise terrain, sa super connaissance du marché et des besoins, avec ma partie marketing digital pour créer les outils adaptés.
2. Comment ce passage du club de handball et de l’agence vers l’entrepreneuriat tech s’est-il déroulé ?
Dans les clubs sportifs, en tout cas d’après mon expérience, il y a souvent beaucoup à faire face aux ressources disponibles. Il y a aussi cette notion de réactivité, de rebondir sur un résultat sportif ou une actualité. Je trouve que là-dedans, il y a quelque chose d’assez proche de l’entrepreneuriat : le côté opportunité, le fait de faire des plans mais d’être tributaire d’éléments extérieurs.
Typiquement le résultat sportif – tu peux planifier des choses, mais ton cœur de métier, c’est le résultat sportif que va faire l’équipe, et ça, tu n’as pas de boule de cristal ! Donc il y a ce côté de pouvoir s’adapter, de rebondir. Je pense que ce sont des choses qu’on retrouve dans le quotidien de l’entrepreneuriat et notamment la tech : il y a un bug, une nouveauté, une opportunité – comment je rebondis, comment je teste and learn ?
Il y a aussi le côté équipe, mais surtout pour moi c’est de fédérer plein de compétences pour que l’ensemble fonctionne au service du collectif. Dans un club, il faut de l’administratif, de la communication, etc. En entrepreneuriat, c’est pareil : on peut avoir l’impression d’être un peu seul, mais en fait on crée autour de soi un collectif d’experts, d’accompagnants qui sont là pour faire avancer le projet avant d’intégrer peut-être de façon plus construite une équipe.
Au début, quand Zeljko réfléchissait à ce projet, je lui donnais des infos, mon avis. Il commençait à travailler des maquettes et je lui disais : « Là il faut enlever ça, là il y en a trop… » Au bout d’un moment, c’est lui qui m’a proposé de m’impliquer à fond et que ça devienne un projet en commun.
Au début, je l’ai rejoint sur une structure d’agence sportive parce que j’avais besoin de monter en connaissance terrain, d’aller rencontrer ces fameux clubs et joueurs. Ça a aussi été un bon test d’association – se voir dans le contexte d’être associés. C’était une phase d’apprentissage pour comprendre les codes, les business models, les acteurs, pour bien structurer un projet solide dans l’industrie du digital.
Est-ce que vous vous prédestiniez à une carrière dans le sport ou l’entrepreneuriat ?
Dans l’univers du sport, honnêtement non. Je n’étais pas très forte en EPS, il n’y avait pas d’appétence particulière, même si je viens d’une famille où on regarde tous les sports. Je ne pense pas qu’il y avait grand monde qui s’imaginait que je partirais là-dedans.
Pour l’entrepreneuriat, pareil. Au début, j’avais tendance à répondre non parce que je n’ai pas un parcours scolaire sur des sujets de gestion. Mais en même temps, quand j’y réfléchis, mes proches me disent qu’ils voyaient dans mon caractère cette envie d’avoir des idées, de vouloir construire des choses. Peut-être pas destinée forcément sur le parcours scolaire et pro, mais il y avait peut-être des petites bribes au niveau du caractère : le côté projet, le côté développement.
3. Quelle est la réussite dont vous êtes le plus fière ?
Ça a été une grande fierté d’avoir été sélectionnée pour le programme Adidas Breaking Barriers. C’est un programme global – nous sommes sur le programme européen avec le siège en Allemagne. Adidas s’est fixé des objectifs d’aider un certain nombre d’athlètes et d’encadrement féminin dans le sport à casser les barrières, sortir de l’ombre, être plus empowered, pour que les jeunes filles et les femmes se sentent à l’aise de faire du sport.
En 2021, ils ont ouvert un appel à projets pour chercher des start-ups, et on a candidaté. Sur plus de 120 candidatures en Europe, on a été parmi les six start-ups sélectionnées. J’ai trouvé ça super parce qu’au-delà de la tech, l’idée de SPORTIW c’est vraiment de donner plus d’outils, plus d’opportunités, que ça fonctionne pour le plus grand nombre en termes de niveau, de pays et de personnes. Il y a cette notion de remettre une forme d’équité au départ pour la promotion des athlètes.
C’était ultra positif pour nous en termes de valorisation des valeurs et de l’intention derrière le projet. Ils ont reconnu qu’on aidait les athlètes féminines à se rendre visibles, à assurer leur promotion, à mettre en avant le projet dans lequel elles veulent s’inscrire avec le sport.
Ça s’est formalisé par une première opération sous forme de jeu-concours qui nous a permis d’élargir notre communauté d’inscrites féminines. Adidas offrait la partie premium et accompagnement sur la plateforme avec des conseils personnalisés sur leur CV, leur mise en avant, comment bien présenter leurs compétences.
Chaque année, on fait une opération avec toujours plus d’ambition. On a fini l’opération de cette année 2025 avec plus de 5000 participantes en Europe sur le foot féminin ! En termes de lots : accompagnement sur la plateforme, analyses techniques basées sur l’analyse vidéo, tenues complètes Adidas. La grande gagnante pourra avoir une session d’échange avec une footballeuse pro Adidas pour échanger, poser des questions – on espère lui donner encore plus d’envie, de motivation et de clés pour avancer et briser peut-être des freins que les athlètes féminines se mettent par rapport à leurs ambitions sportives.
Mais au-delà de ça, la vraie belle satisfaction de SPORTIW, c’est la dimension humaine. On a des messages, des témoignages qui nous remontent – des histoires de vie. C’est la partie vraiment chouette pour moi : se dire qu’on a une petite place dans toutes ces histoires. Évidemment, c’est la qualité des sportifs, des sportives, ce sont les clubs qui proposent des projets cohérents, mais quelque part dans la boucle de cette histoire, il y a ce qu’on a imaginé qui a peut-être facilité que ça existe.
Une handballeuse française qui part jouer en 2e division tunisienne, une Uruguayenne qui revient en Espagne, un jeune joueur sortant des centres de formation qui part dans le Sud-Ouest pour concilier études et sport… On se dit que quelque part, ce qu’on a créé a facilité ces histoires.
Comment on garde le lien avec plus d’un million d’utilisateurs ?
On a dépassé le million d’utilisateurs en 2024, donc ce serait mentir de dire qu’on garde contact avec tout le monde individuellement. Mais les personnes restent inscrites, elles reviennent tout au long de l’année mettre à jour leur CV, on voit l’évolution des parcours. Malgré qu’on soit dans le digital, on a une forme de communication avec la communauté assez proche où ils se sentent à l’aise de nous remonter ce genre de petites histoires. On a régulièrement des retours par message du type : « L’année dernière je vous avais expliqué que j’allais à tel club grâce à SPORTIW, et cette année je m’oriente vers tel pays. » Donc on arrive à avoir un suivi des histoires.
4. Comment s’est déroulée la levée de fonds et où voyez-vous SPORTIW dans les 3 prochaines années ?
La levée de fonds, c’est sûr que c’est une aventure dans l’aventure ! Il faut concilier faire tourner ta boîte et partir dans cette recherche de fonds. C’est aussi une posture différente où il faut se promouvoir, mettre en avant ce que le projet a de bien. Quand on est encore assez jeune, c’est aussi très personnel.
Je pense que là-dessus, sur en tant que femme – sans faire de généralité mais en partageant mon expérience – on a parfois peut-être un peu plus de freins ou, sociétalement, plus de difficultés à se mettre en avant, à se « vendre ». Forcément, c’est une période où ça nécessite ça. Donc ça force à aller challenger sa zone de confort. L’entourage, les exemples ont un rôle à jouer pour te coacher et te faire sortir de ça, parce qu’il le faut.
Après la levée, c’est chouette ! Le principe des levées de fonds, au-delà du côté communication, c’est que les fonds sont le carburant pour développer les projets, grandir, passer des paliers. On a dépassé le million d’utilisateurs parce qu’on a pu investir dans l’ouverture d’un nouveau sport, dans du marketing, dans l’amélioration technologique de la plateforme pour qu’elle serve au mieux. Quand tu arrives à convaincre et à obtenir ces ressources, tu te sens que tu as plus de marge pour faire grandir le projet et voir des résultats.
La suite, c’est l’ambition d’ouvrir à tous les sports. On a des nouveaux sports en perspective d’ouverture, donc on repart en levée de fonds pour avoir les moyens de ça. L’objectif, c’est de continuer à faire grandir la communauté pour aider et accompagner un maximum d’athlètes : continuer à grandir de 1 million à 100 millions, un peu partout. Aujourd’hui, on a des utilisateurs dans plus de 200 pays !
5. Pourquoi avoir choisi de développer SPORTIW depuis Chambéry ?
Je suis de la région et je trouve qu’on y est bien ! Zeljko vivait aussi là. C’est souvent une question qu’on nous pose quand on va sur des événements à Paris ou à l’étranger.
L’avantage, c’est d’abord un cadre de vie qui est chouette. On a l’avantage de faire des métiers qui ne sont pas forcément liés à une présence physique – animer une communauté digitale, on peut le faire d’où on veut. J’aime bien l’histoire de se dire que ça vient de chez nous, que c’est là.
Dans les points positifs, quand les gens évoquent qu’on est peut-être plus éloignés de certains réseaux ou décideurs, je leur explique que le TGV existe et qu’on peut faire l’aller-retour dans la journée !
Mais aussi, ce que je vois quand je compare avec certains programmes d’accompagnement ailleurs, je crois qu’on a vraiment la chance d’avoir un réseau de plein d’organismes et structures qui accompagnent et qui sont ultra soudés. Il y a aussi un tissu d’entrepreneurs avec un vrai côté soutien, un vrai côté groupe qui est assez puissant et qui, je pense, fait beaucoup dans la réussite des projets. On se connaît, on se suit, on se donne des astuces, on s’accompagne – c’est une vraie force locale.
Nos locaux sont à Technolac. Dans l’ordre, on a été accompagnés par :
- L’incubateur Savoie Technolac avant la création de l’entreprise, pour toute la phase de modélisation de l’idée et la transformer en projet d’entreprise
- Réseau Entreprendre Savoie pour la partie prêt d’honneur et accompagnement sur la posture du dirigeant, parce que l’ambition est grande donc il faut embaucher, prendre cette posture
- Le Village by CA des Savoie en accélération pour avancer plus vite et passer des étapes dans le développement business
Aujourd’hui, on est toujours dans le bâtiment où il y a l’incubateur et le Village. J’ai pris des responsabilités de présidente au Réseau Entreprendre Savoie. On reste proche de tout le monde, on continue à échanger, à bénéficier des échanges et à partager dans l’autre sens avec les nouvelles structures – on apprend beaucoup quand on repartage aux autres.
6. Quel conseil donneriez-vous à une femme qui hésite à se lancer dans l’entrepreneuriat, particulièrement à l’intersection du sport et de la tech ?
Je dirais de se faire confiance et d’oser.
S’il y a quelque chose qui vous anime, si vous pensez qu’il y a quelque chose à faire, un problème à résoudre ou un sujet qui vous anime et que vous pourriez vous en emparer, écoutez ça et faites taire toutes les petites voix et les arguments qui vous disent que non.
On est souvent son pire ennemi.
Écoutez plus fort tout ce qui vous engage à y aller et moins ce qui vous freine.
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