Women in Tech : Emy Cretegny, fondatrice de Factopi
Faisons les présentations : quel est votre parcours ?
Je suis Emy Cretegny, fondatrice de Factopi. J’ai fait des études dans le domaine de l’environnement, en particulier autour de la gestion de l’eau : traitement, eau potable et assainissement. Très vite, j’ai eu la conviction que notre système pouvait être amélioré.
Je me suis donc intéressée à l’assainissement écologique. J’ai constaté qu’il n’y avait pas forcément beaucoup d’acteurs locaux sur ce sujet, et je me suis spécialisée dans une filière innovante : la gestion des urines. C’est un levier concret, notamment avec l’installation de toilettes sans eau, qui est souvent plus simple à mettre en place.
Quelle est la génèse et la vision de Factopi ?
L’idée est née d’une envie de travailler en particulier sur le milieu urbain, et plus précisément sur la partie amont de la filière. Je souhaitais aussi créer un lien direct avec l’agriculture : transformer les urines en engrais produit localement, pour renforcer la résilience des agriculteurs et leur donner accès à des intrants de qualité, à faible impact environnemental.
Mon parcours m’a amenée à sortir du silo de l’assainissement, à aller au-delà du cercle d’expertise, et à me rapprocher du monde agricole. C’était important pour moi d’ancrer mon projet dans le territoire, dans une dynamique de long terme.
Je voulais aussi être dans quelque chose de très concret, d’opérationnel.
Au départ, ma vision était très technicienne : parler toilettes sèches, gestion des urines… Mais je me suis vite rendue compte que le sujet est bien plus large ! Cela touche à l’accessibilité, au rapport aux lieux publics, à l’agriculture et aux besoins des utilisateurs finaux. Comment produire quelque chose qui réponde vraiment à leurs attentes ? C’est un enjeu transversal.
Aujourd’hui, ce qui me passionne, ce sont aussi tous les “sujets satellites” : comment on fait concrètement, quelle viabilité, quelles alternatives existent ailleurs dans le monde… Il y a beaucoup d’exemples inspirants. D’ailleurs, une date symbolique pour ce combat, c’est la Journée mondiale des toilettes, le 19 novembre !
Pourquoi avoir choisi de développer Factopi dans la Drôme ?
J’ai grandi dans la région. Avant, je vivais à Lyon, mais j’ai voulu revenir ici : un territoire moins dense, moins urbain, mais qui reste très engagé dans les pratiques alternatives, l’agriculture bio, et qui a une ouverture d’esprit très stimulante.
Ici, il est aussi plus simple d’entrer en contact avec les acteurs du territoire, les collectivités, les techniciens… ce qui est précieux quand on démarre seule.
Je travaille aujourd’hui sur Valence, une zone urbaine mais dans une agglomération à taille humaine. Cela rend le dialogue plus accessible.
Concernant le monde agricole, j’ai remarqué que les agriculteurs en bio sont très intéressés par l’utilisation d’un engrais local et produit à partir d’urine car ils manquent cruellement de fertilisants adaptés à leur cahier des charges. Nous travaillons donc ensemble pour démontrer la compatibilité de notre produit avec leur label.
Quelle est la réussite dont vous êtes la plus fière ?
D’avoir réussi à créer un emploi qui me plaît, qui me correspond vraiment et qui me stimule chaque jour.
Quel est votre objectif le plus audacieux pour Factopi ?
Changer d’échelle d’ici 2028 et valoriser des millions de litres d’urines valentinoises chaque année ! Mon rêve, c’est de transformer notre association en SCIC (société coopérative d’intérêt collectif), pour créer une véritable structure collective avec une gouvernance partagée.
Quelles femmes de La French Tech (ou d’ailleurs) vous inspirent au quotidien ?
J’admire beaucoup Flore Bazin, qui porte le projet collombole.org à Crest dans la filière de gestion des biodéchets. J’ai notamment participé à une journée de collecte avec elle, et ça a été très formateur.
Je pense aussi à Clémence Richeux (Arcoop, Ma Bouteille s’appelle Reviens), qui déborde d’énergie et d’inspiration.
Quel conseil donneriez-vous à une femme qui hésiterait à se lancer dans l’entrepreneuriat ?
Je lui dirais d’avoir confiance en elle et d’oser essayer. Il faut se donner la chance de se sentir à sa place.
Je crois aussi beaucoup à l’importance d’être bien accompagnée au début, de s’entourer. Il existe beaucoup de réseaux féminins, et globalement, l’accompagnement est très riche. Mais peu importe que ce soit un réseau féminin ou mixte : l’essentiel est de ne pas rester seule.
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