Women in Tech : Elisa Jourde, fondatrice de FoodPrint
Née d’une commande concrète de l’Université Grenoble Alpes, FoodPrint mesure et affiche en temps réel l’impact environnemental et nutritionnel des plats servis en restauration collective et en agroalimentaire.
Sa fondatrice, Elisa Jourde, revient sur la genèse du projet, les défis d’une jeune entrepreneure et les leçons tirées de quatre ans de croissance en autofinancement.
Une idée née d’un vide à combler
Avant FoodPrint, il y a eu un séjour au Canada, marqué par la découverte d’une entreprise valorisant les fruits et légumes rejetés par la distribution. Elisa y trouve le déclic qui lui manquait : « J’ai toujours eu envie d’agir concrètement pour la transition écologique, mais je ne savais pas exactement sous quelle forme. »
De retour en France, le projet prend forme grâce à une demande très concrète de l’Université Grenoble Alpes : mesurer l’impact environnemental des repas servis dans les restaurants universitaires. Un outil qui, à l’époque, n’existait pas. Les premiers prototypes datent de 2019, l’entreprise est officiellement créée en 2022.
Etre une jeune femme dans l’entrepreneuriat : des défis plus subtils qu’attendu
Le passage du statut d’étudiante à celui de dirigeante s’accompagne d’obstacles qu’Elisa qualifie de « biais un peu plus subtils » : l’impression de devoir faire davantage pour convaincre, la solitude de la prise de décision, et le grand écart permanent entre hyper compétence et hyper disponibilité.
Côté financement, l’entreprise a la chance de s’autofinancer dès les premiers clients, une indépendance qu’elle a choisi de préserver depuis.
Comment fonctionne l’éco-calculateur ?
FoodPrint travaille avec des restaurants d’entreprise, des écoles, des hôpitaux, des groupes hôteliers et des acteurs de l’agroalimentaire. La méthode : analyser les fiches recettes, puis automatiser le calcul de l’empreinte carbone, du green score et du nutriscore, affichés directement sur les écrans de restauration ou les cartes des traiteurs.
Les résultats mesurés sur le terrain sont concrets : après 6 mois d’affichage, le taux de prise des plats les moins carbonés (souvent végétariens) augmente d’environ 18 %, tandis que celui des plats les plus carbonés recule de 9 à 10 %.
Une fierté qui, pour Elisa, dépasse les récompenses reçues dont deux trophées de la Fondation Grenoble INP : « C’est ce qui vient des clients qui me rend la plus fière, parce que c’est la preuve concrète qu’on est utile sur le terrain. »
Une équipe resserrée pour une croissance durable
Aujourd’hui composée de trois personnes avec des expertises complémentaires en sciences sociales et gestion, technique, marketing et épaulée par un conseil de chercheurs en nutrition et en impact environnemental, l’équipe a volontairement choisi de grandir au rythme de l’entreprise plutôt que de lever des fonds massifs : « J’ai vu trop d’exemples autour de moi d’équipes qui grandissent trop vite et qui, à un moment donné, ne peuvent plus être financées. »
L’écosystème alpin comme tremplin
Le Pépite Ozer pour les étudiants-entrepreneurs, puis la bourse French Tech Tremplin (aujourd’hui La Prépa) : c’est par ce chemin qu’Elisa entre dans l’écosystème French Tech, qu’elle décrit comme « un vrai écosystème, pas juste un logo ». Grâce à ce réseau, elle a notamment représenté le sillon alpin au Slush à Helsinki en 2023.
Son conseil aux femmes qui hésitent à se lancer dans l’entrepreneuriat
« Ne pas attendre d’être parfaite ou parfaitement légitime. La légitimité, c’est un concept flou qui varie selon les personnes. Oser poser la première pierre, bien s’entourer, et oser briller. »
Elle insiste aussi sur un point souvent négligé : fixer des prix justes dès le début, « car un tarif de lancement trop bas est ensuite très difficile à faire évoluer, et ça peut compromettre la viabilité de l’entreprise sur le long terme. »
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